Je prends une résolution
Une seule, mais je vais m’y tenir.
Conquérir ma joie. *
Ce qui ne veut pas dire qu’ici on se marrera tous les jours non plus, hein. il faut bien qu’exutoire il y ait.
*(D’après la belle phrase de Gide)
Je fatigue
Oui, on s’aimait, non, on ne s’aime plus, non, je ne regrette pas de l’avoir aimé, ni de l’avoir quitté, oui, je suis heureuse de ce que nous avons vécu, oui, j’ai de la chance.
Mais il me semble que j’ai le droit, aussi, d’avoir du chagrin. De tout ce que nous avions espéré, rêvé, esquissé, et qui ne sera pas.
Pourquoi vouloir que tout soit univoque ?
Je me manque
quand il n’est pas là*
Je n’aspire à rien qu’à être dans ses bras, retrouver sa peau, mêler mon souffle au sien. Samedi prochain …
Je guette la sonnerie de mon portable, je me retiens de l’appeler. Non par orgueil, mais pour ne pas l’envahir.
De la dépendance, disent les Unes. Mais les Unes ont peur de la dépendance, au point de tenir les amours à distance. Ce qui ne veut pas dire qu’elles aient tort.
Je ne cherche pas à me prouver que je peux vivre sans lui, je le sais. Je l’ai fait, longtemps, et ma vie était belle. Elle l’est davantage aujourd’hui, parce que je sais qu’il existe ; mais cet amour-là tente d’échapper à la possessivité.
Il n’est pas à moi, il n’est pas mon coeur, mon autre ; pas mon double. Il faut que j’apprenne à ne pas vouloir être le sien.
(*cette jolie formule n’est pas de moi)
J’explique
Qu’on me permette ici à la fois de parler et de me taire. On peut tellement bavarder sans se confier, tellement avouer en quelques mots.
Si je dis ici que je vis à Strasbourg ou à Toulouse, qui j’aime et qui je fuis, combien de frères m’ont manqué, mon prénom, je ne saurai plus rien dire d’autre.
C’est dans le noir qu’on se dévoile. Votre ignorance est un cadeau que je me fais.
J’éclos …
Pourquoi cela ?
Recréer un espace qui soit mien, discrètement, sans chercher à être lue, juste pour le plaisir de scribouiller. Ne donner cette adresse à personne, pour retrouver cette liberté de tout dire sans inquiéter personne.
Il convient de se présenter quand on débute un blog.
Hier le givre a cristallisé les arbres en blanc. Il y avait dans la maison de mon enfance l’odeur du pain aux noix et des bredele. Quelques minutes de courses, le matin, dans le bois, l’air froid dans mes poumons, le chien qui me précedait de plusieurs lieues. La visite d’une amie d’enfance qui m’accompagne encore aujourd’hui. La douceur un peu amère d’être ici, qui fut mon chez moi et ne l’est plus, ne le sera plus.
Et puis tout à l’heure, ce sera la veillée de Noël, des gens que j’aime autour de la table, et constater combien peu nous savons prendre soin les uns des autres, combien nous sommes impuissants devant le temps qui efface les souvenirs de mon grand-père sans lui en créer d’autres, la politesse de mes cousins d’être toujours gais.
J’ai vingt-cinq ans depuis quelques mois, j’ai enfin compris que l’enfance ne nous quittait jamais vraiment. Que l’humanité est une conquête.
Que la vie est belle, juste parce qu’elle est.
Qu’il est peut-être temps de ne plus être la fille au sourire triste.
Ici, je m’appelle Selena. Bienvenue.